Atelier d'écriture
Association Base Arts
Millau
Vous trouverez ici les consignes et textes des ateliers
"-Quels géants ? dit Sancho.

-Ceux que tu vois là, répondit son maître, aux longs bras et d'aucuns les ont quelquefois de deux lieues.

-Regardez, monsieur, répondit Sancho, que ceux qui paraissent là ne sont pas des géants, mais des moulins à vent
et ce qui semble des bras sont les ailes, lesquelles, tournées par le vent, font mouvoir la pierre du moulin.

-Il paraît bien, répondit don Quichotte, que tu n'es pas fort versé en ce qui est des aventures : ce sont des géants, et si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille ».
Don Quichotte 1605 chapitre VIII Miguel de Cervantes
Atelier du 9 06 2026 mots perdus, mots retrouvés, l’autruche à l’eau

J’ai remarqué qu’elle avait mis un kaki sur le rebord de sa fenêtre. Elle m’a dit qu’elle avait hâte de le manger. C’était bon signe. Son studio était au 6ème étage.

Elle se penchait à la fenêtre. Était-ce un danger ? Non parce qu’en bas de l’immeuble il y avait une pelouse qui n’avait pas été tondue donc l’herbe devait pouvoir faire un rembourrage. Pourtant, en y réfléchissant, je me disais que s’il lui prenait l’envie de sauter ça risquait d’être, du moins à mon avis, une grave erreur parce que son état à l’arrivée risquait de ne lui laisser guère d’espoir de pouvoir remonter.

Quelqu’un dans l’immeuble d’en face, un homme, beau de sa personne, la dévisageait en lui parlant avec de grands gestes.

Elle n’entendait pas ce qu’il lui disait mais ses gestes semblaient l’inviter à sauter. Le propos était un peu incertain mais elle risquait bien de le décoder en fonction de son humeur du moment qui n’était pas vraiment au beau fixe. Il dodelinait de la tête. En fait ça devait vouloir dire « non, surtout ne fais pas ça « mais aussitôt il montrait le sol de l’index de la main droite. Alors on pouvait penser que c’était une invitation à sauter.

Qu’allait-elle finir par comprendre ?

Sautera ? Sautera pas ?

Tout à coup elle quitta la fenêtre.

Ouf.

Maintenant je devais courir chez elle parce qu’il pouvait encore lui prendre l’idée de se suspendre au plafond. Il me fallait lui remonter le moral, la réconforter et lui montrer mon amitié.
Heureusement, j’avais rapporté une carte postale, celle qu’elle m’avait envoyée à mon adresse londonienne. Bisous estivaux de Fil et moi.

Nicole M

L'autruche à l'eau
Monique

Sous les toits à la Saint Jean


J’ai remarqué qu’elle avait mis un kaki sur le rebord de sa fenêtre. Elle m’a dit j’ai hâte de le manger. C’était bon signe.

Son studio était au sixième étage, elle y habitait depuis quelques mois , jeune ce balcon du ciel l’avait attirée. Elle se voyait oiseau, libre,une envolée presque à la Mary Poppins.

Soudain on frappa à la porte …ce ne peut être mon cher voisin du premier, trop haut pour lui !

Mais à part nous deux personnes d’autre dans l’immeuble !

Elle ouvrit, un homme sans âge la dévisageait, il tenait un kaki dans sa main droite, la gauche était dans sa poche : drôle de boursouflure - drôle d’individu !!

Pourquoi me regarde-t-il ainsi, me connait t’il ? son front était couvert de sueur qui goûtait jusqu’à ses lèvres .

Elle est bien jolie cette petite, seulette dans son étage, va-t-elle me faire entrer ?

Un kaki de la part de votre voisin du bas, qui vient de partir, ça vous en fera deux sur le rebord de votre fenêtre.

Comment peut-il s’avoir ? certaine ,incertaine elle le dévisageait , le faire entrer ,l’éconduire ? et ce kaki elle le prend, merci, sa main bouge dans sa poche, sa tête dodeline et ce regard ses yeux qui vous fouillent

Elle va fermer la porte, la claquer …il l’a cale de son pied avec force ,elle recule, il entre ; s’approche de la fenêtre touche le kaki et de sa poche sort un chiffon de tissu : un mouchoir dont il éponge son front.

Au plafond une araignée tisse sa toile(araignée du soir espoir !)

Il s’asseoit et si on les goûtait ces kakis….j’ai soif, elle lui tend un verre d’eau et avance une chaise …

Je m’appelle Philémon , je sui le couvreur, le réparateur des toits, le ramoneur de cheminée , le marchand de bonheur (un prince charmant se dit elle ).

Le temps passa , il revint et revint et ainsi naquit l’histoire d’amour du ramoneur et de sa petite bergère, tout là haut prés des moutons du ciel des toits « encheminés » en ce jour de la Saint Jean.

Elle avait envoyé une carte postale à mon adresse londonienne : « bisous estivaux de fil et moi ».


Les mots à inclure :incertaine,dodeline,plafond, envolée



L’autruche à l’eau


Citations tirées de Une année à Paris Avec Gertrude Stein (2026) de Deborah Levy


Poste Restante


« J’ai remarqué qu’elle avait mis un kaki sur le rebord de sa fenêtre. Elle m’a dit qu’elle avait hâte de la manger. C’était bon signe. Son studio était au sixième étage ». Deborah à cette période intense de complicité avec Gerturde s’était laissé aller à cette amitié. Elles étaient nées pour se rencontrer, nées pour dévisager le monde, embrasser ses courbes, courir sur les sommets, nager dans les courants, chanter les femmes et les hommes. Mais ce fut justement à partir de ce kaki posé sur le rebord de la fenêtre du sixième étage que leur relation commença à se dérégler. Deborah craignait le pire. Elle commença d’abord par l’épier, l’attendre en bas de chez elle, dissimulée, la suivre du regard, puis attrapait avec une pince fabriquée par elle, à sortir son courrier de la boîte aux lettres, se rendait dans les boutiques où Gertrude faisait ses achats et en vérifiait le contenu sous des prétextes divers. Elle parvenait toujours à ses fins. Elle avait ce don de convaincre. Sa parole était vraie.

D’abord discrète, timide, incertaine, puis peu à peu elle fut prise d’une attitude tyrannique, elle dodelinait de la tête de manière mécanique quand elle prenait connaissance des achats, des rencontres de Deborah, elle devenait rigide, creuse. Lorsqu’elle montait au sixième étage, qu’elle s’installait dans le studio, elle mémorisait la place des objets, les nouveaux, les livres, les revues, observait son frigo, et pouvait le soir en relisant ses notes constater les changements d’avec le jour précédent, la semaine, le mois précédent. Elle statuait ainsi sur la santé mentale de Deborah.

Un jour, Andrew, un vieil ami, découvrit son cahier de notes. Il fut effrayé. « Que faire ? Parler à Deborah ? à Gertrude ? Aux deux en même temps ? Ne rien dire ? Il se débattait ainsi dans ses pensées et plus il pesait le pour et le contre, plus il lisait et relisait les notes, vérifiait leur précision, le sens du détail, plus il cernait les anomalies, les contradictions, plus il doutait de Gertrude, de sa sincérité, plus, il sentait à son tour, une envie irrépressible d’épier Gerturde, de la contrôler. Il commença à l’attendre, dissimulé au café où elle avait l’habitude de prendre son petit déjeuner, à la devancer devant la porte de son travail, de devenir l’ami providentiel de ses collègues jusqu’au jour où Deborah et lui se retrouvèrent au Bureau de Poste à vérifier son courrier de la Poste Restante. Passé le sentiment de honte, d’euphorie, de larmes, de rires, ils mirent en commun leurs informations respectives, tout en gardant pour eux une pointe de soupçon l’un envers l’autre. « C’est de la jalousie » pensa Deborah. « C’est de l’envie » pensa Andrew. Ils restèrent un long moment dans le silence.

- C’était donc toi qui avait mon cahier.

- Je l’avoue.

Ils arrivèrent à la conclusion, que ce cahier était le signe pour eux, ils se prirent la main, se regardèrent avec toute l’intensité possible de la première rencontre, amusés, amoureux, transis, exaltés. Ils disparurent de la vie de Gerturde.

Dans son studio parisien du sixième étage, Gertrude regardait le plafond depuis son lit où elle avait étalé des photographies de Deborah et de Andrew qu’elle avait prises lors de leurs filatures. Elle, à ouvrir la boîte aux lettres, lui, à son travail avec ses collègues. Elle souriait satisfaite. Fil, son poisson rouge s’agitait dans son grand aquarium. Son parcours ressemblait à s’y méprendre à un déhanché de salsa caliente. Aucun des deux n'avaient donné leur adresse à Gertrude. Ils avaient disparus exprès.

« Elle avait envoyé une carte postale à leur adresse londonienne.

Bisous estivaux de Fil et moi. »






L’autruche à l’eau


Écrire un texte avec une phrase de début et de fin imposées.

Pendant l’écriture, nous tirons quatre mots d’un des livres présents dans l’atelier.

Récit à la troisième personne.

Un élément étrange apparaît très vite qui va décider votre personnage à faire une folie, une erreur.

Un deuxième personnage apparaîtra, ambigu, veut-il l’aider ? La trahir ? … Pour créer cette ambiguïté, vous intégrerez des pensées intérieures des deux personnages.


Début :

« J’ai remarqué qu’elle avait mis un kaki sur le rebord de sa fenêtre. Elle m’a dit qu’elle avait hâte de le manger. C’était bon signe. Son studio était au sixième étage. »

Fin :

« Elle avait envoyé une carte postale à mon adresse londonienne.

Bisous estivaux de fil et moi. »


Citations tirées de : Une année à Paris - Avec Gertrude Stein de Deborah Levy (2026)