Voir un texte comme une sculpture.
Tous les matins je m'assieds devant mon ordinateur. En effet, pour ne rien vous cacher, je suis sculptrice de phrases. Ne croyez surtout pas que ce soit un métier facile. Mes écrits ne tombent pas du ciel. Chaque mot est pour moi une matière que je puise dans mon imagination avec finesse et délicatesse. Je dois façonner chaque phrase, puis la pétrir et enfin la polir. Je la couche alors sur le papier. Elle n'est peut-être que le fruit de mes rêves. Elle est encore fragile, soumise à mes doutes, mes coups de cœur et quelquefois ma déception ou mon enthousiasme . Mais je ne me décourage pas. Je la caresse sur le papier comme une mère qui vient d'accoucher de son nouveau-né et alors, seulement maintenant, je la fais mienne.
Marie-Claude
Fermons les yeux et parcourons notre sculpture.
Le toucher, les yeux fermés, est décevant. Les rugosités dominent. La main, en les parcourant, rencontre de petites pointes qui pourraient la blesser. La main commence à faire attention. La tête vient de lui dicter sa loi. La main palpe, prudemment, reconnaît un œil, une bouche tordue, une oreille. Mais la main ne comprend plus rien car elle ne retrouve pas la première sensation, ressentie les yeux ouverts. Alors la main se décide. Cette fois elle caresse et retrouve enfin le premier émoi : le mélange de beauté et de laideur, le mélange de joie et de tristesse, tout simplement le mystère de cette tête.
Marie-Claude