"La littérature est ouverte à tout le monde. Je refuse de vous laisser m'interdire la pelouse, tout surveillant que vous êtes. Fermez à clef vos bibliothèques si ça vous chante ; mais il n'y a ni porte, ni serrure, ni verrou que vous puissiez mettre sur la liberté de mon esprit".
Virginia Woolf Une chambre à soi
Documents de l'atelier d'écriture Base Arts de Millau 2026 2027

Une biographie poétique d’un aliment ou d’un plat :


Tu es née d’un drame, d’un manque, d’un affolement. Ton géniteur risquait la mise à l’écart, la honte et peut-être même le billot qu’il imaginait sans pouvoir s’en empêcher. Alors, il t’a conçue simplement. Il t’a inventée à partir d’une idée de génie. Il suffisait de prendre un peu de sucre, mais pas trop, de la bonne crème offerte par les vaches des alentours, un fouet manié de main de maître et le miracle s’est produit. Tu venais de naître et ton père ne t’a pas donné son nom mais celui du château dont il était le grand chef cuisinier. Ta couleur immaculée rappelle la blancheur de la neige qui vient de tomber, ta douceur, celle du coton dans lequel il fait bon se rouler encore et encore. Et si nous avons envie de te goûter ? Il suffit de prendre une petite cuillère, de la plonger dans le plat, puis de la déposer sur le bout de la langue. Alors la douceur n’est plus un rêve, elle est devenue réalité. Elle s’immisce lentement jusqu’à envahir toute la bouche. Ton goût n’est ni fort ni piquant, après tout, n’es-tu peut être là que pour accompagner ? C’est là que réside toute ta simplicité. Et le miracle se produit chaque fois que nous te prenons en bouche et que s’installe la volupté.


Marie-Claude


L'H Sylvie

Ode à la goyave


Goyaviers.

Des branches goulues

Des bateaux feuilles

berceaux de l’eau des pluies

Ruissellent.

La chaleur se pose,

bourgeon.

Une goutte s’arrête

susurre à la fleur naissante,

blanche

plumes de pistiles.

Le vent du sud et du nord

balancent,

longtemps.

Pointe un jaune discret,

peau fragile

gonfle, arrondie,

fesses joufflues,

une petite tige accrochée.


La goyave.


L’aigle des parfums

des amours

Le puma des senteurs

des jardins.

Elle crâne,

petite,

baume dans nos narines.

Frémissement, palpitations, éclosions.

Elle tombe.

Elle s’ouvre.

Chair rosée,

timide.

Des centaines de grains

éparpillés, virevoltés,

enlacent la terre.


Et tout recommence.



Joëlle


Odes élémentaires, Pablo Neruda

L'oignon


Oignon, flacon lumineux, ta beauté s'est formée pétale par pétale, des écailles de cristal t'ont agrandi et dans le secret de la terre obscure ton ventre s'est arrondi de rosée. Sous la terre le miracle s'est produit et quand ta maladroite tige verte est apparue, et que tes feuilles sont nées comme des épées dans le jardin, la terre a entassé sa puissance montrant ta transparence nue, et comme la mer lointaine en soulevant les seins d'Aphrodite dupliquant le magnolia, ainsi la terre t'a fait, oignon clair comme une planète et destiné à briller, constellation constante, rose ronde d'eau, sur la table des pauvres.

Tu nous fais pleurer sans nous faire mal. J'ai loué tout ce qui existe, mais pour moi, oignon, tu es plus beau qu'un oiseau aux plumes éblouissantes, globe céleste, coupe de platine, danse immobile de l'anémone neigeuse

et le parfum de la terre vit dans ta nature cristalline.

Chocolat amer, Laura Esquivel
Como agua para chocolate


Jean Guénot,
Comestibles, précédé de Comment j'ai cuisiné ce livre