Une biographie poétique d’un aliment ou d’un plat :
Tu es née d’un drame, d’un manque, d’un affolement. Ton géniteur risquait la mise à l’écart, la honte et peut-être même le billot qu’il imaginait sans pouvoir s’en empêcher. Alors, il t’a conçue simplement. Il t’a inventée à partir d’une idée de génie. Il suffisait de prendre un peu de sucre, mais pas trop, de la bonne crème offerte par les vaches des alentours, un fouet manié de main de maître et le miracle s’est produit. Tu venais de naître et ton père ne t’a pas donné son nom mais celui du château dont il était le grand chef cuisinier. Ta couleur immaculée rappelle la blancheur de la neige qui vient de tomber, ta douceur, celle du coton dans lequel il fait bon se rouler encore et encore. Et si nous avons envie de te goûter ? Il suffit de prendre une petite cuillère, de la plonger dans le plat, puis de la déposer sur le bout de la langue. Alors la douceur n’est plus un rêve, elle est devenue réalité. Elle s’immisce lentement jusqu’à envahir toute la bouche. Ton goût n’est ni fort ni piquant, après tout, n’es-tu peut être là que pour accompagner ? C’est là que réside toute ta simplicité. Et le miracle se produit chaque fois que nous te prenons en bouche et que s’installe la volupté.
Marie-Claude
Ode à la goyave
Goyaviers.
Des branches goulues
Des bateaux feuilles
berceaux de l’eau des pluies
Ruissellent.
La chaleur se pose,
bourgeon.
Une goutte s’arrête
susurre à la fleur naissante,
blanche
plumes de pistiles.
Le vent du sud et du nord
balancent,
longtemps.
Pointe un jaune discret,
peau fragile
gonfle, arrondie,
fesses joufflues,
une petite tige accrochée.
La goyave.
L’aigle des parfums
des amours
Le puma des senteurs
des jardins.
Elle crâne,
petite,
baume dans nos narines.
Frémissement, palpitations, éclosions.
Elle tombe.
Elle s’ouvre.
Chair rosée,
timide.
Des centaines de grains
éparpillés, virevoltés,
enlacent la terre.
Et tout recommence.
Joëlle